Les chi sao

Les CHI SAO

 

Le terme Chi sao est communément admis en occident sous l’appellation “mains collantes”. Dans la langue chinoise, ce terme se traduit littéralement par : « l’énergie du bras ». Cette « énergie » n’a rien de mystique pour un pratiquant de Wing Chun, mais correspond plus vraisemblablement au fait de créer un mouvement continu, qui est l’un des points fondamental du Chi sao.

Principes du Chi sao ou « mains collantes »

Stephane Serror

  1. le mouvement doit être continu (rotation ou poussée spiroïdale vers le centre),
  2. il faut « coller » aux avants-bras de l’adversaire et conserver le contact au minimum avec un bras,
  3. dévier les forces allant vers le centre,
  4. laisser passer les forces qui s’écartent du centre,
  5. développer la réaction par sensation qui est plus rapide que la réaction transitant par le regard,
  6. relâcher la musculature pour une plus grande facilité d’exécution

Chi sao et énergie interne/externe

double bras sepia 3

Le Chi sao est considéré comme un exercice interne/externe . C’est-a-dire qu’il ne s’agit pas d’un exercice servant a développer « la force externe », ou physique (musculaire). Le caractère interne du mouvement (chi) est lié au relâchement musculaire. Dans la pensée Taoïste, ce relâchement est yin (féminin). Dans cet exercice il faut apprendre a ne pas utiliser la force physique, ce que les chinois appellent philosophiquement : l’utilisation de la non force. Le maintien de l’axe vertical du corps et l’alignement correct des structures osseuses et tendineuses suffisent pour dévier les coups sans avoir recours a la force musculaire. Celle-ci est conservée en réserve, elle servira a l’expulsion de l’énergie une fraction de seconde avant l’impact.

Le relâchement musculaire confère une plus grande aisance de mouvement. Il s’agit d’être comme le roseau et non comme le chêne se brisant sous le poids de la neige. L’adaptabilité conférée par le relâchement musculaire permet de changer plus facilement de trajectoire lors d’un contre. Telle l’eau s’infiltrant entre les rochers dans le courant d’une rivière de manière instantanée, le pratiquant de Chi sao s’entraine a détecter les moindres ouvertures dans le système de défense de son adversaire. Il apprend donc a s’infiltrer entre les bras de son adversaire et non a se briser telle une vague sur le mur de la défense.

double bras

Le relâchement musculaire permettra non seulement une plus grande liberté de mouvement dans les changements de rythme. Mais il sera aussi plus facile de passer d’un mouvement lent a un mouvement rapide, et vice versa. Outre la précision technique, ce sont surtout les changements de rythme qui créeront la surprise chez l’adversaire. Le Chi sao est donc l’art de sentir et de s’infiltrer entre les brèches, mais aussi l’art de passer du calme a la tempête, du lent au rapide ou du doux au dur en un instant.

Le relâchement musculaire fait partie intégrante du Chi sao, ceci pour décupler la vitesse de réaction initiale du pratiquant.

Une trop grande rigidité musculaire entraverai le mouvement, la réaction réflexe serait par conséquent ralentie.

La difficulté initiale dans cette idée de relâchement musculaire, c’est qu’elle va a l’encontre de beaucoup d’idées reçues dans le domaine des arts martiaux. Beaucoup de pratiquants se contracte musculairement au moment de l’échange, en pensant obtenir une meilleure protection et une plus grande puissance. En réalité, le stress occasionné par une confrontation, même a l’intérieur d’un Chi sao, crée une tension mentale (de peur d’être touché). Ce qui est une réaction tout a fait humaine.

Cette tension mentale se traduit aussi physiquement dans le corps. Il faudra plusieurs années de pratique pour permettre a un élève de se relâcher totalement dans ce type d’échange.

Le Chi sao, un échange a l’intérieur du contact

simple bras

Un autre point important est la distance. En effet, la distance avec le partenaire (adversaire) est extrêmement courte dans le Chi sao, on appelle cette distance, distance de contact (ou distance de touche). Le contact entre les bras est déjà établi dans ce type d’échange, par conséquent les actions et les réactions sont extrêmement rapide. C’est la raison pour laquelle la notion de sensation au point de contact est extrêmement importante. A cette distance l’œil est beaucoup trop lent pour capter toutes les informations.

A courte distance, le fait de se fier a la sensation pour détecter les mouvements de l’adversaire, devient quasi essentiel. C’est ce réflexe, déclenché par la sensation, qui permettra une réaction plus rapide que la réaction visuelle.

La science a clairement démontré que la réaction par sensation est plus rapide que la réaction par vision. Prenons par exemple un individu lambda qui poserait accidentellement sa main sur une plaque de métal brulante, il retirera aussitôt sa main sans que cela passe par un processus de pensée. La brulure sera immédiate. Voici toute l’objectivité lié a ce principe. Bruce Lee avait l’habitude de citer un petit poème que j’aime beaucoup a ce sujet et qui disait ceci:

de l’œil a la main, que de distance parcourue..!

simple bras bon

Une fois le contact établi, le pratiquant de Wing Chun pourra se retrouver dans deux situations. Soit il aura le contact avec les deux bras, soit il aura le contact avec un seul bras. Dans le premier cas, la sensation transmise immédiatement dans ces deux bras pourra lui indiquer avec exactitude la direction des poussées de son adversaire. C’est cette détection instantanée, qui lui permettra d’opérer, au moment du contact, une réaction plus rapide sur la ligne centrale. Dans le deuxième cas, ses yeux observerons le bras avec lequel il n’a pas de contact (le bras libre), tandis que sa main en contact avec le premier bras lui servira de capteur pour connaitre les intentions et les mouvements de son adversaire.

Dans l’apprentissage du Chi sao, un élève abordera en premier les Chi sao a un bras (dit simple bras) puis après avoir étudié et répété un certain temps les routines de base, il abordera les Chi sao a deux bras (double bras).

Il est important de comprendre que même si tous ces exercices sont censés aboutir a un échange libre, la répétition des routines est une part importante dans la formation et la structuration du réflexe. En effet, nous avons pu découvrir récemment par différents protocole scientifique, que le réflexe est lié a la répétition. En d’autres termes, plus le bras ou la main, ou le pied répète un mouvement, plus il est rapide a emprunter la trajectoire de ce mouvement lors d’une réaction réflexe. Cela semble logique! Le chemin des connections neuro-sensitives doit être emprunté et ré-emprunté un maximum de fois afin que le temps de réaction lié a une situation donné puisse être écourté.

Nous comprendrons alors facilement l’adage des arts martiaux qui préconise :

Dix ans, c’est bien. Vingt ans, c’est mieux!

Le positionnement des bras, la rotation, le contact.

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Afin de développer sa connaissance des Chi sao, l’élève positionne ses avant-bras en contact avec ceux de son partenaire grâce aux positions du Tan sao, du Bon sao et du Fook sao et commence a exécuter une série de rotation vers le centre de son partenaire. De ces rotations naitrons différentes poussées qu’il faudra apprendre a dévier sans rompre le contact. C’est de cette capacité a maintenir le contact que la qualité du Chi sao dépendra. En effet le but de l’exercice n’est pas de s’opposer aux mouvements de l’adversaire, mais plutôt d’apprendre a aller avec lui.

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Il s’agit plus d’apprendre a épouser les formes en déviant les forces que de s’opposer a elles. Il ne s’agit pas de percuter les bras, mais plutôt de changer la position de la ligne centrale. Ce que nous nommons en Wing Chun, « reprendre le centre ». Lorsque le pratiquant de Wing Chun place ses bras en contact avec ceux de son adversaire, il ne conserve qu’une seule idée en tête, conserver le contact et l’avantage sur la ligne centrale. Pour cela, il s’appui sur sa connaissance des trajectoires. Ses avants-bras sont en quelque sorte comparables a des antennes, détectant rapidement par la sensation, les intentions traduites par les poussées de son adversaire. A partir de ce point le pratiquant de Wing Chun applique une règle binaire très simple pour ses réactions, de manière a faciliter les décisions prises par son cerveau lors de l’action. Cette très ancienne règle de l’école Wing Chun dit ceci :

Dévie les forces qui vont vers ton centre, et laisse passer les forces qui vont vers l’extérieur

La ligne centrale

Chi sao Garn sao

L’alignement avec le centre du corps, c’est-a-dire la ligne médiane coupant le corps en deux parties (droite et gauche), permettra d’utiliser de manière optimale la puissance initiale liée a la masse corporelle. Par ailleurs elle permettra de développer un élément clé dans les méthodes de contres, a savoir, la défense et l’attaque simultanée. La théorie de la ligne centrale est ce que l’on pourrait appeler l’aspect « géométriquement scientifique » du Wing Chun. A une distance aussi courte le pratiquant ne pourra en aucun cas se permettre de laisser ses bras s’écarter du centre. En effet des mouvements d’une trop grande amplitude serait immédiatement sanctionné par une série de coups extrêmement rapide et court donnés sur la ligne centrale (coup de poing vertical numérique du style Wing Chun).

Le Wing Chun utilise un coup de poing unique nommé coup de poing vertical. Ce coup de poing a la particularité d’avoir le coude orienté vers le bas. Il part du coude en allant vers le centre. L’intérêt d’un tel coup de poing est de pouvoir couvrir la ligne centrale dans l’attaque mais aussi dans la défense. Par ailleurs sa trajectoire linéaire vers le centre fait de celui-ci, le coup de poing le plus court du monde.  Étant donné, d’une part, que la distance la plus courte d’un point A a un point B, est la ligne droite. Et que d’autre part, celui-ci ne part pas de l’épaule, mais du coude.  C’est la raison pour laquelle le sobriquet de « coup de poing sans recul » fut donné au coup de poing vertical de l’école Wing Chun.

Voir aussi notre article dans le Menu > Wing Chun > Ligne centrale.

Les différentes formes de Chi sao

simple bras fook

Il existe plusieurs formes de chi sao dans le style Wing Chun. Nous pouvons classer ces exercices en deux familles. Les chi sao avec un bras, dit Chi sao simple bras et les chi sao avec deux bras ou Chi sao double bras. Dans les Chi sao simple bras, il existe deux sous famille que nous pouvons différencier comme étant les Chi sao bras parallèle et les Chi sao bras croisé.

Les Chi sao qu’il soit simple bras ou double bras s’appuient au départ sur une position des jambes, dite « position neutre », en chinois Yee Jee Kim Yeung Ma, ou position de serrage de chèvre et trois positions de bras principale qui sont :

  1. le TAN SAO « la paume vers l’avant »,
  2. le BON SAO « le bras ailé »,
  3. et le FOOK SAO « la main en crochet ».

simple bras plexus

De ces trois positions vont découler les routines de bases et les différentes techniques ( Pak, Wu, Bil, Jut, Chuen, Larp, Kuan, Gum, Fut, Tarn, Huen, etc)… permettant aux élèves d’apprendre a dévier les coups sans avoir a percuter les bras de leurs adversaires. Il va de soi que tous les exercices de Chi sao : ouvertures, fermetures, déviations, enveloppements, expulsions sont codifiées. Ceci dans le but d’apprendre a développer une poussée ni trop forte, ni trop faible. A ces méthodes d’ouverture et de fermeture du centre viendront s’ajouter, dans un deuxième temps, les exercices sur les changements de rythme et par la même, le contact-réflexe.

Le contact-réflexe est en quelque sorte la codification du libre. En cela, qu’il apporte une étape préalable a ce que sera un échange libre en Chi sao. L’élève et son partenaire choisisse un exercice d’ouverture du centre. L’attaquant, dont les avants-bras sont en contact avec ceux de son partenaire, devra apprendre a masquer le point de départ de son attaque. Ceci afin de permettre a son partenaire de développer son contact-réflexe et sa capacité a sentir le point de départ du coup.

Dans le Chi sao, mais aussi dans le combat, quand le contact n’est pas encore établi. Ce point de départ a son importance. On appelle, non sans un certain mystère, cet exercice la frappe invisible.

Rassurez-vous, rien de mystique dans cela. L’observation des combattants a démontrée que toute attaque est toujours précédée d’un micro-mouvement. Ce micro mouvement, de la main ou du pied, ou des épaules, trahi bien souvent l’intention de l’adversaire, et ceci quel que soit le style pratiqué. Développer ce que l’on appelle « la frappe invisible », c’est s’entrainer a masquer ce micro mouvement qui précède toute attaque. Ce point est donc particulièrement important pour les adeptes du Chi sao qui s’entraine a sentir les moindres vibrations de leurs adversaires a l’endroit même du point de contact.

La position des jambes

Yee Jee Kim Yeung Ma (position neutre), ou position de serrage de chèvre

La répartition du poids du corps s’effectue de manière égale sur les deux jambes (50/50), rendant immédiatement possible les déplacements dans les huit directions.

Dans cette position, les bords extérieur des pieds sont parallèles, ce qui donne l’impression que les deux gros orteils pointent l’un vers l’autre. Pourtant il ne s’agit pas d’exagérer la position et de rentrer les pieds fortement vers l’intérieur comme l’on voit souvent. Car ceci aurait non seulement pour effet d’handicaper fortement les possibilités de déplacement mais pourrait a long terme causer de nombreuses pathologies.

retroversion

Afin de maintenir le maintien du centre de gravité, le sacrum est légèrement rentré plaçant le bassin en position de rétroversion. La sangle abdominale est maintenue en légère contraction (gainage), les fessiers sont contractés, les muscles des jambes repoussent le sol en maintenant les genoux fléchi. On dit alors de la position qu’elle est ancrée ou enracinée tel un arbre dans le sol. Pour cela les doigts de pieds agissent tel des griffes se cramponnant fermement au sol.

La position du bassin est extrêmement importante. Il ne faut pas placer le bassin en rétroversion maximum. Ni le relâcher totalement en antéversion (fesses vers l’arrière). La position se situe entre les deux, d’où la notion de gainage et le fait de se concentrer de manière interne sur la position correcte du sacrum (voir illustration ci-dessus). Le gainage des fessiers et des abdominaux permettra le maintien de la position. Si ce gainage (contraction musculaire légère) est trop important, il y a un risque de positionner le bassin en rétroversion totale et d’engendrer a terme de nombreuses pathologies au niveau de la colonne lombaire.

Une fois la position et le gainage correct obtenu, il faudra se concentrer sur le point Tan-Tien, situé trois doigts au dessus du nombril et trois doigts a l’intérieur. Ce point correspond au centre de gravité et d’énergie vitale du corps. C’est sur ce point précis du corps que s’appliquent les effets de la loi de l’attraction universelle (gravité terrestre). Pour opérer les changements de direction, de droite a gauche ou d’avant en arrière, par exemple, c’est ce point qu’il faudra mettre en mouvement en premier. En effet, en Wing Chun, les changements de directions ne se font pas a partir des épaules. Mais a partir du point Tan-Tien. C’est la raison pour laquelle le gainage de la ceinture abdominale est important. En effet la localisation du Tan Tien n’est pas évidente, car ce point n’est pas visible a l’œil nu. La zone qui entoure le point sert donc de référence. Et tout pratiquant, faisant l’expérience d’un légère contraction abdominale constante (gainage) pour se mouvoir dans les huit directions, trouvera rapidement plus d’aisance et de dynamisme dans ses changements de directions.

Tan Tien

 

Méfaits de la position avec les pieds vers l’intérieur et le bassin en retroversion amplifiée

La posture neutre avec les pieds vers l’intérieur et le bassin en rétroversion totale, considérée comme une soi-disante «référence ergonomique» par certains pratiquants de WingTsun (WT), est anti-physiologique si elle est prolongée de façon continue pendant plusieurs heures. Le travail musculaire statique avec un positionnement du bassin en retroversion totale altère la circulation sanguine et entraîne une trophicité des muscles et des disques vertébraux.

Il en résulte une fatigue prématurée voire à terme des atteintes pathologiques (lombalgies, cervicalgies, ralentissement du transit intestinal, fatigue visuelle, etc.).

L’appellation «position universelle» définissant cette position est excessive, voire fausse, car il n’existe aucune position pouvant répondre a toutes les situations. Parce qu’elle fait partie du décor, on a souvent tendance à oublier que la position neutre doit être considérée comme un outil, un moyen de travail à part entière, et non comme un élément de représentation.

Une grande variation de postures (position neutre, de face, de coté, T, cavalière, arc et flèche, jambes fermées, technique d’entrée, etc) font non seulement partie de l’arsenal du Wing Chun mais permettent aussi d’alterner les positions tout au long de l’échange selon les nécessités et les différentes phases du combat (observation, entrée, échange, retraite, poursuite, etc.).

Cette diversité stimule le métabolisme musculaire et neurophysiologique et contribue au quotidien, à la prévention des lombalgies, cervicalgies et troubles musculo-squelettiques.

Bénéfices d’un positionnement correct du bassin

Un bon positionnement du bassin permet de mieux respecter les courbures vertébrales physiologiques et diminue la pression intra-discale au niveau lombaire.