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Les chi sao – les mains collantes

Le terme Chi Sao est communément admis en occident sous l’appellation “mains collantes”. Dans la langue chinoise, ce terme se traduit littéralement par : « l’énergie du bras». Cette énergie n’a rien de mystique pour un pratiquant de Wing Chun, mais correspond plus vraisemblablement au fait de créer un mouvement continu, qui est l’un des points fondamental du Chi Sao.

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Principes du Chi sao ou
« mains collantes »

Le mouvement doit être continu en exerçant une poussée spiroïdale vers le centre:
– Il faut « coller » aux avants-bras de l’adversaire et conserver le contact au minimum avec un bras,
– Dévier les forces allant vers le centre,
– Laisser passer les forces qui s’écartent du centre,
– Développer la réaction par sensation qui est plus rapide que la réaction transitant par le regard,
– Relâcher la musculature pour une plus grande facilité d’exécution.

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Energie interne-externe

Le Chi Sao est considéré comme un exercice interne/externe . C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un exercice servant a développer « la force externe », ou physique (musculaire).

Le caractère interne du mouvement (chi) est lié au relâchement musculaire. Dans la pensée Taoïste, ce relâchement est yin (féminin). Dans cet exercice il faut apprendre à ne pas utiliser la force physique, ce que les chinois appellent philosophiquement : l’utilisation de la non force.

Le maintien de l’axe vertical du corps et l’alignement correct des structures osseuses suffisent pour dévier les coups sans avoir recours a la force musculaire. Celle-ci est conservée en réserve, elle servira à l’expulsion de l’énergie une fraction de seconde avant l’impact. Le relâchement musculaire confère une plus grande aisance de mouvement. Il s’agit d’être comme le roseau et non comme le chêne se brisant sous le poids de la neige.

L’adaptabilité conférée par le relâchement musculaire permet de changer plus facilement de trajectoire lors d’un contre. Telle l’eau s’infiltrant entre les rochers, le pratiquant de Chi Sao s’entraine a détecter les moindres ouvertures dans le système de défense de son adversaire.

Il apprend donc a s’infiltrer entre les bras de son adversaire et non à se briser telle une vague sur le mur de la défense. Le relâchement musculaire permettra non seulement une plus grande liberté de mouvement dans les changements de rythme. Mais il sera aussi plus facile de passer d’un mouvement lent à un mouvement rapide, et vice versa.

Outre la précision technique, ce sont surtout les changements de rythme qui créeront la surprise chez l’adversaire. Le Chi Sao est donc l’art de sentir et de s’infiltrer entre les brèches, mais aussi l’art de passer du calme a la tempête, du lent au rapide ou du doux au dur, en un instant. Le Chi Sao permet de s’entraîner au relâchement musculaire, afin d’améliorer la vitesse de réaction par un plus grand relâchement. Une trop grande rigidité musculaire entraverai le mouvement, la réaction réflexe serait par conséquent ralentie.

La difficulté initiale dans cette idée de relâchement musculaire, c’est qu’elle va a l’encontre de beaucoup d’idées reçues dans le domaine des arts martiaux. Beaucoup de pratiquants se contracte musculairement au moment de l’échange, en pensant obtenir une meilleure protection et une plus grande puissance.

En réalité, le stress occasionné par une confrontation, même a l’intérieur d’un Chi Sao, crée une tension mentale (de peur d’être touché). Cette tension mentale se traduit aussi physiquement dans le corps. Il faudra plusieurs années de pratique pour permettre a un élève de se relâcher totalement dans ce type d’échange.

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Le Chi sao,
un échange a l’intérieur du contact

Un autre point important est la distance. La distance avec le partenaire (adversaire) est extrêmement courte dans le Chi Sao, on appelle cette distance, distance de contact (ou distance de touche).

Le contact entre les bras est déjà établi dans ce type d’échange, par conséquent les actions et les réactions sont extrêmement rapide. C’est la raison pour laquelle la notion de sensation au point de contact est extrêmement importante. A cette distance l’œil est beaucoup trop lent pour capter toutes les informations. A courte distance, le fait de se fer a la sensation pour détecter les mouvements de l’adversaire, devient quasi essentiel.

C’est ce réflexe, déclenché par la sensation, qui permettra une réaction plus rapide que la réaction visuelle. La science a clairement démontré que la réaction par sensation est plus rapide que la réaction par vision. Prenons par exemple un individu lambda qui poserait accidentellement sa main sur une plaque de métal brulante, il retirera aussitôt sa main sans que cela passe par un processus de pensée. La brûlure sera immédiate. Il n’y aura pas de réflexion, juste une réaction. Voici toute l’objectivité lié a ce principe. Bruce Lee avait l’habitude de citer un petit poème que j’aime beaucoup a ce sujet et qui disait ceci : « de l’œil a la main, que de distance parcourue..! »

Une fois le contact établi, le pratiquant de Wing Chun pourra se retrouver dans deux situations. Soit il aura le contact avec les deux bras, soit il aura le contact avec un seul bras. Dans le premier cas, la sensation transmise immédiatement dans ces deux bras pourra lui indiquer avec exactitude la direction des poussées de son adversaire. C’est cette détection instantanée, qui lui permettra d’opérer, au moment du contact, une réaction plus rapide sur la ligne centrale. Dans le deuxième cas, ses yeux observerons le bras avec lequel il n’a pas de contact (le bras libre), tandis que sa main en contact avec le premier bras lui servira de capteur pour connaître les intentions et les mouvements de son adversaire.

Dans l’apprentissage du Chi Sao, un élève abordera en premier le Chi Sao à un bras (dit simple bras) puis après avoir étudié et répété un certain temps les routines de base, il abordera le Chi Sao à deux bras (double bras). Il est important de comprendre que même si tous ces exercices sont censés aboutir à un échange libre, la répétition des routines est une part importante dans la formation et la structuration du réflexe.

La science à démontré que le réflexe est lié a la répétition. En d’autres termes, plus la main ou le pied répète un mouvement, plus la trajectoire de ce mouvement pourra être exécuté rapidement lors d’une réaction réflexe. Le chemin des connections neuro-sensitives doit être emprunté et ré-emprunté un maximum de fois afin que le temps de réaction lié a une situation donné puisse être écourté. Nous comprendrons alors facilement l’adage des arts martiaux qui préconise :  » Dix ans, c’est bien. Vingt ans, c’est mieux! « 

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Le positionnement des bras, la rotation, le contact

Afin de développer sa connaissance des Chi Sao, l’élève positionne ses avant-bras en contact avec ceux de son partenaire grâce aux positions du Tan Sao, du Bon Sao et du Fook Sao et commence à exécuter une série de rotation vers le centre de son partenaire.

De ces rotations naîtrons différentes poussées qu’il faudra apprendre a dévier sans rompre le contact. C’est de cette capacité a maintenir le contact lors des déviations qui détermineront la qualité du Chi Sao.

Dans cet exercice, le but n’est pas de s’opposer aux mouvements de l’adversaire, mais plutôt d’apprendre a aller avec lui, dans son sens, d’apprendre à suivre les forces et les poussées. Il s’agit plus d’apprendre a épouser les formes en déviant les forces que de s’opposer a elles. Il ne s’agit pas de percuter les bras, mais plutôt de changer la position de la ligne centrale. Ce que nous nommons en Wing Chun, « reprendre le centre ». Lorsque le pratiquant de Wing Chun place ses bras en contact avec ceux de son adversaire, il ne conserve qu’une seule idée en tête, conserver le contact et l’avantage sur la ligne centrale.

Pour cela, il s’appui sur sa connaissance des trajectoires. Ses avants-bras sont en quelque sorte comparables a des antennes, détectant rapidement par la sensation, les intentions traduites par les poussées de son adversaire. A partir de ce point, le pratiquant de Wing Chun applique une règle très simple pour ses réactions.

Cette règle de l’école Wing Chun dit ceci : « Dévie les forces qui vont vers ton centre, Laisse passer les forces qui vont à l’extérieur. »

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Les différentes formes de Chi sao

Il existe plusieurs formes de Chi Sao dans le style Wing Chun. Nous pouvons classer ces exercices en deux familles. Les Chi Sao avec un bras, dit Chi Sao simple bras et les Chi Sao avec deux bras ou Chi Sao double bras.

Dans les Chi Sao simple bras, il existe deux sous famille que nous pouvons différencier comme étant les Chi Sao bras parallèle et les Chi Sao bras croisé. Les Chi Sao qu’il soit simple bras ou double bras s’appuient au départ sur une position des jambes, dite « position neutre », en chinois Yee Jee Kim Yeung Ma, ou position de serrage de chèvre et trois positions de bras principale qui sont :
– le TAN SAO « la paume vers l’avant »,
– le BON SAO « le bras ailé »,
– et le FOOK SAO « la main en crochet ».

De ces trois positions vont découler les routines de bases et les différentes techniques ( Pak, Wu, Bil, Jut, Chuen, Larp, Kuan, Gum, Fut, Tarn, Huen, etc)… permettant aux élèves d’apprendre a dévier les coups sans avoir a percuter les bras de leurs adversaires.

Il va de soi que tous les exercices de Chi Sao : ouvertures, fermetures, déviations, enveloppements, expulsions sont codifiées. Ceci dans le but d’apprendre a développer une poussée ni trop forte, ni trop faible.

A ces méthodes d’ouverture et de fermeture du centre viendront s’ajouter, dans un deuxième temps, les exercices sur les changements de rythme et par la même, le réflexe. Le réflexe est en quelque sorte la codification du sparring libre en Chi Sao. En cela, qu’il apporte une étape préalable au pratiquant.